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1989-1990 PRÉPARATION DE NOTRE PREMIER PÈLERINAGE VERS
SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE
Simonne et moi
projetions depuis longtemps d’aller à pied en pèlerinage à
Compostelle, au moment de notre retraite. En 1982 déjà, nous
achetions une petite plaquette « De Bruxelles à
Compostelle »
(1) et, la même année, lors de la fête de nos
30 ans de mariage, nous recevions le livre « Priez pour nous
à Compostelle » (2).
Lors de la
célébration de mon accession à l’éméritat, plusieurs des
orateurs y firent allusion et Kroll, invité, l’illustra avec
humour. Son dessin « Compostelle, la dessus ! Ça compte
pas » s’explique par le fait que nous venions de
recevoir deux vélos VTT de mes collègues, de mes amis et
d’anciens étudiants.
Aussi, dès ce
moment, en 1989, nous nous mîmes à préparer ce pèlerinage.
Nous souhaitions partir à pied de chez nous et il nous
semblait évident de passer par Vézelay, puisque c’était de
là qu’étaient partis BARRET et GURGAND.
Il faut dire qu’à
cette époque, si quelques guides existaient pour le Camino
francés rien n’existait pour la Belgique, et pour la
France, seul le chemin depuis le Puy-en-Velay (GR65) était
décrit.
Le Camino francés
ne posait donc aucun problème, puisque nous disposions de
trois guides (3), mais, par contre, nous devions nous-mêmes
tracer notre chemin depuis « La moutarderie » à Genappe
jusqu’a Saint-Jean-Pied-de-Port, puisque nous avons choisi
d’aller par Vézelay.
Le Web grand public
n’existant pas encore à cette époque (4), nous devions
trouver notre documentation dans les offices de tourisme.
Pour mieux cibler
notre recherche de documentation, nous avions sur une carte
de France répertorié, dans une bande d’une bonne trentaine
de km passant par Vézelay en direction de
Saint-Jan-Pied-de-Port, le nom de tous les départements et
régions que nous aurions à traverser.
Une visite à
l’Office du tourisme de France à Bruxelles nous a déjà
permis de rassembler certaines informations utiles, mais
trop peu fournies à notre goût.
Nous avons donc
écrit à tous les offices de tourisme des villes,
départements et régions sur notre itinéraire projeté, pour
leur demander de la documentation (lieux à visiter, logement
en gîte d’étape, camping, chambres d’hôtes).
Nous avons très
rapidement reçu de tous les O.T. une documentation très
abondante qui nous a comblés.
Au départ de cette
documentation, nous avons, dans un atlas routier et
touristique Michelin, indiqué toutes les possibilités de
logement :
GE, AJ, C, CH, HP (pour gîte d’étape, auberge de
jeunesse, camping, chambre d’hôtes, hébergement pèlerins
probable dans certaines institutions religieuses), et ce
dans la bande de la trentaine de km que nous avions tracée.
Á partir de là,
nous avons tracé notre itinéraire en choisissant, autant que
possible, de petites routes.
Nous avons acheté
toutes les cartes Michelin (échelle 1/200 000e)
de notre itinéraire et avons découpé des bandes d’une
dizaine de cm de large et d’une trentaine de cm de long
comprenant notre itinéraire. Avec une bande, dans une
pochette en plastique, nous disposions donc au minimum d’une
soixantaine de km, soit plus de 2 jours de marche. Mais,
bien sûr, il fallait régulièrement disposer de 2 feuilles
pour avoir l’itinéraire du jour à cheval sur 2 feuilles.
L’exemple d’une
bande ci-contre permet de voir qu’à Chablis existe un
camping et qu’à Bessy-sur-Cure, un gîte d’étape et un
camping sont disponibles. Elle permet également de constater
que, parfois, l’itinéraire suit une nationale pour ne pas
avoir à allonger fortement l’étape.
Au dos de ces
bandes, nous avions dactylographié tous les renseignements
utiles : quelques renseignements sur le patrimoine
architectural et historique des localités traversées et les
adresses et téléphones des différents logements possibles.
Je ne me rappelle
plus avec précision le temps consacré à cette préparation,
mais, sans nul doute, de nombreuses semaines.
Il se dit parfois
qu’un pèlerinage se vit trois fois : la première fois dans
le projet et sa préparation, une seconde fois lors de sa
réalisation et la troisième fois dans le souvenir et la mise
en ordre de ses notes et souvenirs.
En pensant aux
pèlerins actuels, qui ont à leur disposition moult guides
papier et pour lesquels le téléphone portable et une
application web permettent de se mettre immédiatement en
route, mes sentiments sont partagés : d’une part, je me dis
qu’ils ont de la chance mais que, aussi, a contrario, ils
perdent la richesse de cette première partie du pèlerinage,
le vécu de cette longue préparation.
Le pèlerinage, qui
est pour chacun un désir de rupture avec le vécu habituel,
s’inscrit paradoxalement dans les changements du mode de vie
de ces dernières décennies : le développement du numérique,
l’accélération de la vie quotidienne, le manque de temps, le
fast-food, le préemballé… et le résultat en est que la phase
de préparation se réduit souvent à peau de chagrin : du
préemballé, du « vite fait, bien fait » !
Notre préparation : reflet d’une autre époque, cependant pas
si lointaine !
*
1.
BROU Willy, De
Bruxelles à Compostelle… sur les pas de nos ducs de Brabant,
Éditions Techniques et Scientifiques, Bruxelles, 1982
2.
BARRET/GURGAND,
Priez pour nous à Compostelle, Hachette, 1978
3.
1.
BERNES George, Georges VERON & Louis LABORDE BALEN,
Le
chemin de Saint Jacques de Compostelle. Guide pratique du
pèlerin en Espagne, Rando Editions, 1989
2. Coll., El camino de Santiago. Guia del Peregrino,
Everest, 1985
3. GOICOECHEA ARRONDO Eusebio, Cartografia del camino
de Santiago, Los Amigos Del Camino De
Santiago-Estella, Everest, 1972
4. Ouverture du Web
au grand public en 1991
mis en ligne le 11/08/2026
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