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Article paru
dans la revue
de l'Association Belge des Amis de
Saint-Jacques-de-Compostelle,
"Le Pecten ", n° 128, pp.24-27
LES PÈLERINS DES SIÈCLES PASSÉS ÉTAIENT
PLUS HARDIS ET PLUS DÉBROUILLARDS QUE NOUS…
par Pierre SWALUS
De nos jours La
majorité des pèlerins commencent leur pèlerinage en un
lieu situé sur un des itinéraires réputés, comme par
exemple Le Puy-en-Velay ou Tours pour la France et
Saint-Jean-Pied-de-Port ou Roncevaux pour l’Espagne.. Si
une minorité de pèlerins partent de leur domicile, très
rares sont ceux qui reviennent de la même façon. Le
retour se fera soit en avion, soit en train ou encore en
bus. Tous
les chemins sont bien balisés et même parfois de
manière très (trop) abondante ; sur les principaux
chemins, les hébergements sont nombreux et souvent peu
onéreux. Par exemple sur les premiers 100 Km du camino
francés on trouve une ou plusieurs auberges pour
pèlerins en moyenne tous les 4,4 km (1) !. Les
itinéraires suivis par les pèlerins sont bien entretenus
soit par les pouvoir publics soit par des associations
jacquaires qui mobilisent leurs membres pour le faire . Les
principaux itinéraires voient défiler de très nombreux
pèlerins : sur ces chemins, le pèlerin n’est jamais
très isolé, les chances de se faire agresser sont
minimes : il ne faut pas s’arrêter longtemps pour qu’un
autre pèlerin vous dépasse… (de Saint-Jean-Pied-de-Port
partent journellement, pendant la bonne saison, en
moyenne 300 pèlerins par jour). Le
pèlerin part au minimum avec un bon guide de poche
offrant cartes, description de l’itinéraire,
renseignements sur les hébergements et les commodités
offertes par les localités traversées et renseignements
historiques et touristiques divers. Souvent
aussi emporte-t-il un Miam miam dodo et parfois même un
programme GPS sur le Smartphone ou un guide
électronique. Et bien
sûr internet est consulté pour obtenir encore plus de
renseignements. Sur mon site (2) , par exemple, les
pages donnant des renseignements sur les hébergements
sont celles qui sont le plus consultées et les
documents donnant les listes d’hébergements sur les
chemins espagnol et portugais ont été téléchargés 1112
fois au cours du mois de juillet 2017… Et
malgré tous ces outils, l’inquiétude avant le départ est
parfois encore présente chez certains pèlerins.
Au cours de siècles passés : Aux
siècles passés le pèlerin partait de chez lui, le plus
souvent à pied, et revenait de la même façon. Particulièrement au moyen-âge, le voyage loin de chez
soi présentait pas mal de dangers et d’imprévus. Parmi
ceux-ci, figurent, selon Thomas SZABÓ, les cours d’eau à
traverser : suivant les périodes de l’année, les gués
sont plus ou moins praticables et les ponts ne sont pas
très nombreux. Cet auteur nous rapporte « que les
évêques sont en droit de distribuer des indulgences pour
la construction de ponts et de routes dans la mesure où
les pèlerins et les voyageurs pieux bénéficient de tels
ouvrages et où les routes sont en mauvais état ».
(3) Si
l’état des chemins était souvent déplorable, le manque
de sécurité, le risque d’agression représentait le plus
grand danger. C’est la raison pour laquelle les pèlerins
et voyageurs se déplaçaient en groupe pour pouvoir se
défendre plus facilement contre des agresseurs (4). Au
moyen âge comme pendant une grande partie de l’époque
moderne l´itinéraire que va suivre le voyageur n’est pas
strictement défini. Celine
PEROL résume très bien la situation : « De nombreux
facteurs conditionnent la durée et la difficulté d’un
voyage. Interviennent en premier lieu, le relief et les
conditions climatiques ; le niveau des eaux complique
les déplacements en plaine au printemps ; l’enneigement
ralentit ou interdit la progression sur les routes de
crêtes ou le passage des cols . L’état des routes et des
ponts est d’autre part un élément déterminant et
tributaire pourtant de nombreux aléas : le temps,
l’efficacité et les investissements des administrations
locales, seigneuriales ou urbaines. Ceci
est aussi confirmé par F IMBERDIS qui, dans son études
des routes médiévales conclut qu’il faut considérer : « le
réseau de communications du Moyen- Age comme formé de
chemins de terre, tous sensiblement équivalents, et dont
certains ne sont routes que parce que le trafic les
emprunte de préférence aux autres. Parfois, selon l'état
du sol et les nécessités du moment, les relations
commerciales abandonnent telle voie pour telle autre ;
souvent aussi elles se partagent simultanément entre
deux trajets parallèles, selon la fantaisie ou les
commodités de chaque voiturier… Il n'est pas exclu que
tel de ces tracés puisse coïncider avec une ancienne
voie romaine ; le fait doit pourtant être relativement
rare, en raison de ce perpétuel déplacement »(6). De
plus, au moyen-âge les guides étaient rares. Encore
fallait-il savoir lire pour les utiliser. Les
guides étaient très sommaires : ainsi le codex "Itinerarium
de Brugis" (Itinéraire Brugeois) manuscrit composé
vers 1380 qui décrit en « détails » des itinéraires au
travers de toute l'Europe continentale, itinéraires
principalement destinés aux pèlerins de toute
destination, décrit ainsi l’itinéraire allant de Paris à
Tours (7) :
On peut
le constater les renseignements sont très limités :
uniquement une liste de quelques localités à traverser
et les distances (en lieues) qui les séparent. Entre
Paris et Tours, seules 9 localités sont citées
Après la fin du moyen-âge,
les guides s´améliorent quelque peu : ainsi dans le
guide « Le chemin de Paris a Sainct Jaques en
galice dit Compostelle: et combien il y a de lieues de
ville en ville » sans date d’édition mais noté comme
acheté en 1535 (conservée à la Bibliothèque Colombine, à
Séville), le nombre de localités citées augmente et les
distances à parcourir sans repère diminuent : 14
localités sont citées pour une distance plus courte (8).
De Paris au bourg la Royne
ij . l. .
Dans « La Guide des chemins
de France » publié un peu plus tard par Charles
ESTIENNE(9) pour le même itinéraire, Paris- Orléans, le
nombre de localités citées augmente encore (on passe à
22) et quelques renseignements supplémentaires(10) sont
fournis:
Malgré ces maigres
améliorations, ces guides offraient peu de moyens pour
savoir quel chemin emprunter. Le fait que certaines
confréries Saint-Jacques aient édité des petits guides
[notamment celle d’Orléans(11) et celle de Senlis] peut
nous faire penser(12) que le futur pèlerin habitant
proche d’une ville dans laquelle existait une confrérie
pouvait être aidé par l’expérience des confrères ayant
déjà effectué le pèlerinage.
De toute façon les pèlerins
et voyageurs inexpérimentés devaient se renseigner de
proche en proche pour rejoindre la commune voisine ou se
joindre à un groupe dans lequel quelqu’un connaissait le
chemin(13).
En
conclusion
Si l’on compare les
conditions dans lesquels nos ancêtres se mettaient en
chemin pour rejoindre Compostelle (ou un autre lieu de
pèlerinage) à celles des pèlerins d’aujourd’hui, on ne
peut qu’être admiratif devant leur courage, leur
débrouillardise et leur confiance. Cela peut aussi nous
inciter à être modestes et à ne pas trop vite nous
considérer comme de grands aventuriers lorsque nous nous
mettons en chemins… …avec notre smartphone.
__________________
(1) Voir à
ce sujet les hébergements pour pèlerins sur le camino
francés :
https://verscompostelle.be/cohebege.htm
(3)
SZABÓ Thomas . « Les
dangers du voyage au Moyen Age ». Siècles ,
25 | 2007, En ligne :
http://siecles.revues.org/1379
(4) ibidem
(5)
PEROL Céline. « Chemins de pèlerinage et aires de
routes. » G.Casiraghi et G.Sergi G (dir.). Pellegrinaggi e santuari di San Michele nell’Occidente
medievale. Pélerinages et sanctuaires de saint Michel
dans l’Occident médiéval, Sep 2007, Italie.
Edipuglia (Bari), pp. 321-342., 2009. En ligne :
https://hal-clermont-univ.archives-ouvertes.fr/
(6)
IMBERDIS F. « Les routes médiévales : mythes et
réalités historiques ». In : Annales d’histoire
sociale. 1939, volume 1, N° 4, pp .411-416. En
ligne
https://www.persee.fr/ :
(7)
Itinéraire Brugeois
composé vers 1380
publié d'après la copie du manuscrit de la bibliothèque
de Gand, Bruxelles, J.H.Lehou, 1858, p. 27 [Reproduction
numérique au format pdf de l’intégralité de l’ouvrage
sur Books Google] :
https://books.google.fr/
(8)
ANONYME.
Le chemin de Paris a Sainct Jaques en galice dit
Compostelle: et combien il y a de lieues de ville en
ville, s. l., s. d. Cit. in : Ignacio Iñarrea LAS
HERAS. « Étude des itinéraires français du pèlerinage
de Compostelle des xvie, xviie et xviiie siècle ». Studi
Francesi , 172 (LVIII | I) | 2014 : En ligne :
URL :
http://studifrancesi.revues.org/2028 ;
DOI : 10.4000/studifrancesi.2028.6
(9)
ESTIENNE Charles.
Le guide des chemins de France (Ed. 1552).
Hachette [Réimpression à l'identique d'un ouvrage de la
BNF accessible en ligne chez Gallica] :
http://gallica.bnf.fr/
(10) Signification des
abréviations utilisées dans le guide de Charles
ESTIENNE : après la localité : v. ville, ch. château,
du. duché, pr. prieuré, m. maison, e. évêché, vn.
Université ; en fin de ligne : i 1(en chiffre romain),
une sorte de P. lieue, R. repère, d. demi lieue, g.
gîte.
(11) MOLLARET Louis ,
Le triomphe de Compostelle, janvier 2007, n°
46 document PDF en ligne sur
www.saint-jacques-compostelle.info/
(12 A notre connaissance
aucun document en provenance des Confréries de
Saint-Jacques ne fait explicitement mention de l’aide
apportée aux futurs pèlerins.
(13) Parmi les voyageurs
se trouvaient notamment des marchands se déplaçant de
foire en foire, des artisans rejoignant un chantier, des
ouvriers agricoles cherchant de l’embauche,
éventuellement des militaires, des clercs ralliant un
monastère éloigné ou encore des étudiants rejoignant une
université. Mis en
ligne le 14/08/2017
pierre.swalus@verscompostelle.be
Compte tenu du nombre et de la diversité des imprévus,
il apparaît impossible de suivre un chemin précis et
défini par avance ; le voyageur prend connaissance de la
direction de son itinéraire à son départ, mais ne sait
pas avec exactitude quels chemins le mèneront à
destination. Routes impraticables, chemins perdus,
souhait de rester en bonne compagnie ou de profiter
d’une hospitalité chaleureuse…les occasions de faire des
détours sont nombreuses. Par contrainte ou par choix, le
voyageur fait sa route au quotidien »(5).
Du bourg la Royne a longiumeau
[Longjumeau] iij. l.
De longiumeau a moulhery
[Montlhéry] ij.
l.
De Moulhery a Chatres
ii. l.
De Chatres a Estrecy le larron
[Étréchy] iii.
l.
De Estrecy a Estampes
[Étampes]
ii. l.
Destampes a Montneruille
[Monnerville] iiii.
l.
De montneruille a engeruille la gaste
ii. l.
Dengeruille a Thoury
iii. l.
De Thoury a Arthenay
iiii. l.
Dartenay a Lengenerye
ii. l.
De Lengenerye a Sercottes [Cercottes]
i. l.
De Sercottes a Orleans
iii. l.
